Violence conjugale

Dans cette nouvelle, j’ai voulu dénoncer la violence gratuite subie par les femmes, et amener une prise de conscience aux femmes concernées : la soumission n’est pas un mode de vie acceptable.

Juillet, un samedi soir sur la Terre. Ma compagne et moi regardons la télévision lorsque son téléphone lui notifie la réception d’un message. Pomeline s’en empare pour en prendre connaissance. Il provient de sa meilleure amie, Gaëlle. Abasourdie, elle me tend le téléphone. Le message m’interpelle : “il m’a encore frappé. Est-ce que je peux venir ?”.

Pomeline est une féministe pacifiste mais intransigeante sur le comportement brutal des hommes à l’égard des femmes. Elle s’indigne du comportement de ce couard qui affirme sa virilité dominatrice sur une femme sans défense et déstabilisée moralement. Encore plus lorsque son amie en est victime. Je ne relaterai pas ici les insultes dont elle a affublées cet homme mais le portrait qu’elle m’en fait n’est pas flatteur.

— Calme toi ma chérie. Tu en sauras plus lorsqu’elle sera là, dis-je, avec l’espoir de la rasséréner.
— Je me doute de ce qu’elle a dû subir, tu sais. Ce n’est pas la première fois, me rétorque-t-elle. Alors de m’expliquer que malgré la violence de son mari, l’amour inconditionnel de Gaëlle l’a toujours empêchée de porter plainte contre lui.

Des coups répétés sur la porte d’entrée mettent fin à notre attente. Je me précipite pour ouvrir. Gaëlle se tient sur le perron, revêtue d’un pyjama, tenue révélatrice d’un départ précipité. Mais ce qui confirme davantage la situation de cette femme, ce sont sa joue boursoufflée et les lunettes de soleil qu’elle porte malgré l’heure tardive. Je fixe ses lunettes, quelque peu décontenancé. Pomeline nous rejoint. Terrorisée, Gaëlle les retire et jette un dernier regard derrière elle pour s’assurer qu’il ne l’avait pas suivie, et entre prestement dans la maison.

Pomeline étreint Gaëlle dans une longue accolade apaisante. Elle semble retrouver son calme comme rassurée par la sécurité réelle de ce refuge.
— Ne t’inquiète pas Gaëlle, il ne franchira pas cette porte, lui dis-je, sur un ton déterminé. J’essayais de me convaincre moi-même. Que se passerait-il s’il faisait irruption dans la maison ? Comment réagirait-il face aux remontrances de Pomeline ? Quel serait son comportement vis à vis de sa femme ? Mais par dessus tout, quel serait mon attitude ? Laisserai-je faire, spectateur neutre, ou le mettrai-je dehors manu militari ? Gaëlle esquisse un léger signe de tête en guise de réponse à ma tentative de réconfort quelque peu superflue.

Pomeline propose à Gaëlle de s’asseoir sur le canapé et de lui relater tout ce qui s’est passé. J’éteins la télévision. Elle aurait certainement besoin de calme pour mettre ses idées au clair et se livrer plus aisément à nous.
— Je vais nous préparer des tisanes, annonçais-je tout en me rendant à la cuisine. Embarrassé, je laisse les deux amies, l’une éplorée, l’autre réconfortante mais néanmoins très remontée. Je rejoins les femmes avec les tisanes posées sur un plateau. Gaëlle se plaignant de sa mâchoire, je lui apporte un antidouleur. Elle s’empare de sa tasse, porte le cachet à sa bouche et avale une gorgée provoquant un rictus de douleur.

Gaëlle renifle à nouveau. Elle triture son mouchoir, le déchire parfois, très lentement comme dans l’expectative d’un signe de notre part pour débuter son histoire. Vas-y Gaëlle. Ne nous cache rien. Exulte ta haine, ta rage contre ce porc. Peu importe que tu l’aimes à la folie, il ne doit pas se comporter ainsi.
— Nous rentrions d’une soirée pyjama, débute-t-elle. Je conduisais car il avait bu. Comme moi Pom, tu connais son comportement sous l’emprise de l’alcool!
— Que trop, malheureusement, lui concède Pomeline, qui me lance alors un regard évocateur auquel je réponds par une moue approbatrice.
— Plutôt que d’envenimer son comportement, je préfère me taire alors qu’il ressasse notre passé, me reprochant tout et n’importe quoi.

Gaëlle se mouche avant de poursuivre.
— Le ton monte et, sans raison, il m’assène une violente gifle sur la joue.
Elle simule le coup reçu. Ne t’inflige pas ça une seconde fois, Gaëlle. Pas besoin d’expier encore pour une animosité dont tu n’es pas responsable, me retenant de lui dire par peur de l’interrompre.
— La douleur est intense, je gare la voiture. Il en profite pour me tabasser. Je vois la jouissance procurée par ses coups. La souffrance est terrible.

Gaëlle marque une pause. Pomeline lui caresse une main pour l’encourager à poursuivre.
— Je réussis à me détacher et à sortir de la voiture. Ce salaud me poursuit, me plaque au sol et m’assène des coups de pied sans aucune retenue. Je ressens des douleurs au ventre et aux jambes. J’essaye de me protéger comme je le peux. J’ai cru qu’il allait me tuer!

Gaëlle se recroqueville sur le canapé, contre Pomeline, comme si en le racontant, elle avait revécu le déluge de coups. Ma compagne passe un bras autour d’elle. Je rage de ne pas avoir son mari face à moi. Aucun homme ne devrait se comporter comme ça envers une femme. Gaëlle sanglote, sèche ses yeux larmoyants avant de poursuivre.
— Puis il s’est interrompu. Des remords ou un éclair de lucidité ? Je m’en moque. Tout ce qui m’importait était de quitter cette folie.
— Tu dois le dénoncer à la police, ordonne Pomeline, pour que justement cette putain de folie s’arrête.
— Je ne peux pas, fulmine-t-elle. J’ai trop peur de ce con.
— Mais bordel Gaëlle, réveille-toi. Tu veux périr sous ses coups ? Hein dis nous ? Tu veux en crever ? insistais-je. Elle est où d’ailleurs cette pourriture ? Laissé au bord de la route serait une maigre consolation.
— Je m’en fous maintenant. Je vais le quitter ! assène-t-elle net.

Je m’interroge alors. Ses amis ne devraient-ils pas le sermonner sur son comportement inacceptable ? A moins qu’on l’oblige à recourir à des services d’aide adaptés à des hommes violents ?
— Fais-le cette fois, Gaëlle. Plus rien ne te retient auprès de lui. Aucun amour ne perdure sous les coups, explique alors son amie. Mais Pomeline n’est pas dupe. Elle sait très bien que Gaëlle retournera vers lui, craignant même qu’une violence psychologique s’ajoute à la violence physique.

J’espère que cette lecture suscitera des émotions qui marqueront les esprits. La violence féminine n’est pas une fatalité !

6 réponses

  1. Un sujet bien traité. Le lecteur peut se demander comment il réagirait, chacun le peut avec son ressenti, son expérience. La violence n est pas admissible et les langues se délient de plus en plus. L auteur y participe en apportant son témoignage d homme.

  2. Je rejoins Florence sur un sujet bien traité, j’ajouterai criant de vérité.
    L’accroche est rapide, aussi palpitante qu’intrigante. La fin, bien qu’inacceptable, est compréhensive et amène bien le lecteur à sa propre réflexion.
    Pour que Gaëlle accepte tout cela et retourne vivre avec ce couard, il ne peut y avoir derrière que de l’emprise psychologique effectivement. C’est d’ailleurs ce qui retarde le départ la victime, en dehors de la composition familiale.
    On comprend aussi pourquoi il est aussi difficile de porter plainte contre son conjoint.
    L’alcool n’excuse pas tout et certains n’ont pas besoin de boire pour se comporter ainsi.

    Merci à Pomeline pour son aide et son compagnon pour sa bienveillance et son respect.

  3. Bonjour,

    Au delà de la violence conjugale, ce texte interroge aussi chacun de nous sur nos comportements face à la souffrance d’autrui. Merci pour ce sujet de société bien mené.

    1. J’ai avant tout décrié le comportement violent, anormal, de cet homme sur une femme soumise par l’amour qu’elle lui porte. La réaction de Pomeline, son amie, est une main tendue salutaire. Elle ne reflète peut-être pas la réalité mais si mon histoire peut toucher les lectrices au point de réagir face à ce comportement, comme les lecteurs concernés à prendre conscience de leur violence, ce sera déjà une petite victoire. Merci Élodie pour ton commentaire apprécié.

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