Initiation au pilotage à Montréal

Mon initiation au pilotage à Montréal reste un voyage, un souvenir et des rencontres gravés à jamais dans mon esprit. Dans cette nouvelle, j’ai souhaité transmettre mon plaisir de piloter avant tout.

A l’instar d’Icare, j’ai réalisé une envie que tout homme possède en lui : voler. Si l’espace et les étoiles m’ont toujours attiré, je n’en restais pas moins à proximité toute relative du plancher des vaches pour concrétiser ce rêve. Les plumes collées entre elles par de la cire ont été remplacées par un moyen beaucoup plus sûr et sécurisant : l’hélicoptère.
Témoin d’une évacuation sanitaire héliportée d’un compagnon d’armes, alors que je faisais un footing dans un cadre militaire, ma reconversion professionnelle se précisa. Je deviendrai pilote. Mais je ne voulais pas m’engager dans cette voie sans m’assurer au préalable de ma capacité à obtenir une telle licence. Il me fallait vérifier cela par une initiation au pilotage. J’entrepris donc la recherche d’écoles sur internet. Parmi les propositions “googelesques”, une attirait mon attention et me laissait songeur : Hélicraft Canada !

Pourquoi effectuer ce stage de pilotage au Québec ? A cette époque, je dois avouer que m’installer dans cette province canadienne était un projet connu de mon entourage. Outre la découverte de cette ville, de cette culture, du mode de vie française “à l’américaine”, les bénéfices de la formation québécoise étaient plus valorisants. Pour un prix équivalent à une quelconque formation effectuée en France, je gagnais la reconnaissance mondiale de la licence professionnelle de pilotage canadienne et j’obtenais par équivalence une licence privée américaine. Le coût comprenait également le billet aller-retour et l’hébergement. Je ne tergiversais pas longuement et me décidais à suivre ce stage de pilotage à Montréal !
Après un bilan médical d’aptitude au vol et l’accord de ma hiérarchie pour quitter le territoire français, j’ai réservé ma semaine de formation au Québec. En Août 1999, je me suis envolé à Montréal, afin d’effectuer mes premières heures de vol avec un objectif concret : savoir si j’étais capable d’obtenir la licence professionnelle de pilote d’hélicoptère pour exercer au Canada.

A 27 ans, c’était la première fois que je prenais un avion de ligne. Si le vol s’était déroulé parfaitement, l’atterrissage fut pour le moins houleux. Je vous rassure, je n’ai pas crépi le dossier face à moi. J’avais été prévoyant et je ne remercierai jamais assez la compagnie d’avoir fourni un sac à cet effet.
Je fus accueilli à l’aéroport Mirabel par un employé de l’école de pilotage. Je ne me souviens ni de son prénom, ni de son visage – il en est de même de la plupart des personnes côtoyées pendant cette semaine – mais il avait cet accent typique qui fait tant sourire les Français. Il fut mon premier contact avec la culture québécoise. Ce chauffeur me déposa d’abord à la maison où logeaient les élèves de l’école. Deux futurs pilotes occupaient déjà les lieux. Les présentations faites, je laissais mon barda dans ma chambre, à l’étage, puis je fus conduit à l’école de pilotage.

Je me souviendrais toujours de son adresse : 6500 Chemin de la Savane à Saint-Hubert, une commune proche de Montréal. Un simple hangar, suffisamment long pour y entreposer leurs hélicoptères, adossé à un bâtiment réservé à l’administration et à l’enseignement. Je fus présenté au directeur, à la secrétaire, à deux pilotes instructeurs et au chef instructeur, tout en effectuant une visite des lieux. Malgré un accueil très chaleureux et la possibilité de les questionner à tout moment, je n’osais pas les déranger dans leurs occupations. Je me contentais de suivre l’instructeur avec lequel j’allais effectuer ma première heure de vol dès lundi. Nos échanges furent brefs mais de lui j’appris qu’il se prénommait Gilles, qu’il était français et ancien mécanicien hélico dans l’armée.

Le lundi, je retrouvais Gilles à l’école. Il s’affairait autour de l’un des hélicoptères réservés à l’apprentissage : un Robinson R22. Après une présentation rapide de l’appareil et son inspection, nous montions à bord. L’instructeur m’a présenté le fonctionnement des commandes pour contrôler la machine : le cyclique (le manche), le collectif (commande des gaz) et le palonnier (les pédales).
Gilles a effectué la manœuvre de décollage. Je l’ai regardé faire, envieux. La panoramique de cet appareil attirait le regard dans toutes les directions. A une altitude correcte, il me laissait les commandes et je dirigeais fièrement l’hélicoptère en suivant un axe qu’il avait défini. Je nous emmenais ainsi au-dessus du circuit de F1 Gilles Villeneuves, puis je survolais un gratte-ciel au sommet duquel se trouvait une discothèque en plein air et animée à la nuit tombée, je survolais le Saint-Laurent ou encore le pont Jacques Cartier, … Après une heure de vol, je nous ramenais à l’école en suivant le cap donné et Gilles posait l’hélicoptère au sol. Cette fois, aucun recours à un sac vomitif! Il me laissait faire le plein du réservoir et, ma journée achevée, je suis rentré “chez moi”.

Chaque jour, j’effectuais une heure de pilotage. Les 3 autres heures de vol se déroulaient avec Gilles, semblables à la première.
Le vendredi, j’accomplissais la dernière heure avec le chef instructeur. Je compris plus tard sa véritable intention. En vol stationnaire au-dessus d’un champ de maïs, il me mettait à l’épreuve en coupant les gaz. L’appareil a perdu de l’altitude. Instinctivement, je tirais sur le collectif tout en actionnant sa poignée pour remettre les gaz. L’hélicoptère a repris de la hauteur. Avais-je eu la bonne réaction ?! Nous rentrâmes, silencieux. A la descente de l’hélicoptère, la chemise collée à mon dos prouva l’intensité de cette dernière heure de vol.
Au briefing de fin de stage, le staff confirma ma capacité à devenir pilote. Deux jours plus tard, je suis rentré en France avec un projet ambitieux : adapter le système canadien d’évacuation sanitaire.

Mon bonheur fut hélas de courte durée. Les organismes financiers contactés furent unanimes sur la beauté de ce projet. Mais aucun ne voulut le financer prétextant un coût trop élevé. Désappointé, je n’avais plus qu’à réfléchir à une nouvelle reconversion.

Une initiation au pilotage à Montréal dépaysante, et pas seulement par le voyage, vous en conviendrez ?! Mon recueil de nouvelles vous propose également d’autres dépaysements.

4 réponses

  1. Bon texte, toujours aussi riche en vocabulaire.
    Par contre je sens un anachronisme entre le vol de jour …et la discothèque de plein air nocturne.
    J’aime bien ton style.

    1. Je comprends l’anachronisme dû à un manque évident de clarté. Cette discothèque n’accueillait ses danseurs qu’à partir de la nuit. Je vais rectifier le tir. Merci de cette remarque.

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